Ce qu’un psychiatre de Harvard veut que vous sachiez avant votre prochain ménage
En bref
Le psychiatre de Harvard, Dr Blaise Aguirre, dit que la véritable raison pour laquelle on conserve des objets encombrants n’est pas liée aux objets en soi, et comprendre les mécanismes psychologiques qui sous-tendent ce phénomène facilite le lâcher-prise.
- Désencombrer n’a pas besoin d’être un grand événement. Il suffit d'associer cette habitude à une activité que vous pratiquez déjà au quotidien et de vous débarrasser d’une seule chose à la fois.
- Beaucoup de comportements qui nous empêchent de lâcher prise sont liés à l’enfance.
- La valeur sentimentale n’est pas transférable. En cas de doute, demandez si quelqu’un veut l’objet.
- Pour des objets comme des photos, gardez une « collection en cours » qui permet de réellement gérer les souvenirs.
- Nos cerveaux se rappellent des émotions et des expériences, pas des objets.

Le Dr Blaise Aguirre a beaucoup réfléchi aux raisons qui nous poussent à conserver des objets. Voici plutôt ce qu’il aimerait qu’on laisse aller.
Blaise Aguirre, professeur adjoint à la Harvard Medical School, a passé toute sa carrière à aider les gens à comprendre leurs propres cerveaux. Quand le sujet du désencombrement est évoqué, il ne commence pas par les façons de s’organiser et les stratégies de don. Il pose d’abord une seule question.
Pourquoi est-ce que je garde cet objet?
Ça semble si simple. Ça ne l’est pas. Parce que la réponse honnête, selon lui, porte rarement sur l’objet en tant que tel.

L’habitude qui change tout
L’approche du Dr Aguirre pour désencombrer est surprenamment simple. Sa salle de lavage est au sous-sol. Chaque fois qu’il y va pour faire un lavage, il se débarrasse d’un vêtement dont il n’a plus besoin. C’est tout. Pas de samedi mis de côté pour le ménage. Pas de plan. Juste un petit acte cohérent rattaché à une activité qu’il faisait déjà.
Il suggère de prendre un objet du quotidien, comme se brosser les dents, et de s’en servir comme rappel qu’il faut se débarrasser d’un seul objet. Il y a quelque chose de véritablement porteur d'espoir dans cette façon de présenter les choses. Désencombrer n’a pas besoin d’être un casse-tête. Ça peut être une simple habitude, un objet à la fois.
D’où vient notre habitude de tout garder
Le Dr Aguirre s’intéresse à la psychologie derrière l’encombrement. La plupart du temps, c’est lié à l’enfance. Surtout, aux phrases qu’on a entendues en grandissant.
Ça pourrait servir un jour.
Quand on l’entend assez souvent, cette phrase devient un système de croyances. Les enfants élevés dans des familles où la rareté est un sujet de discussion — même de façon désinvolte, par des parents qui avaient de bonnes intentions — adoptent un état d'esprit qui les accompagne jusqu'à l'âge adulte. La peur de manquer de quelque chose. L’inconfort lié à un espace vide. L’impression de courir un risque en se débarrassant d’un objet.
Ce qui est frappant, note le Dr Aguirre, c'est que cet état d'esprit persiste même en période d'abondance. On est entourés de plus de biens que n'en a jamais possédé aucune génération précédente. Et pourtant, l’instinct de tout garder et de garder un objet « au cas où » demeure. Il a été appris. La bonne nouvelle : avec un peu d’effort, on peut le « désapprendre ».
Pourquoi la collection de timbres de votre père ne convient pas à tout le monde
Quand il s’agit d’héritages, Aguirre revient souvent sur un concept : la valeur intrinsèque est personnelle, elle n’est pas transférable.
Il raconte l’histoire de la collection de timbres de son propre père. Son père est encore en vie, et il collectionne encore les timbres. Le Dr Aguirre a grandi entouré de timbres. Il partage cet intérêt et a encore le réflexe de garder une enveloppe quand il reçoit du courrier. Mais avec le temps, il a cessé de le faire. Il conserve une petite collection intentionnelle et non une collection infinie.
Mais quand il est question de la Bible de sa mère, c’est une autre histoire. Elle a de la valeur pour lui en raison de qui sa mère était pour lui et de ce que la Bible représentait dans sa vie à elle. Cette signification est bien réelle, mais l’objet ne serait pas le même entre les mains de quelqu’un d’autre. L’importance de l’objet ne voyage pas.
« La valeur » dit-il « est dans l'œil de celui qui regarde. »
Cette phrase mérite qu'on s'y attarde, surtout pour ceux qui gardent des cartons remplis d'objets dont ils n'osent pas se débarrasser par culpabilité. Il faut se questionner sur ce que l’objet représente. Il faut se questionner à savoir si le sens de l’objet se rapporte à vous, ou si vous conservez l’objet en lien avec la vie de quelqu’un d’autre.
Le cadre de décision
C’est ici que le Dr Aguirre précise sa pensée.
Pensez à une boîte de vieilles photos. Les arguments en faveur de leur conservation sont bien réels : ils incarnent l'amour, l'histoire, l'identité et la mémoire. S’en débarrasser équivaut à jeter une partie de soi, ou pire, à manquer de respect aux personnes à qui elles appartenaient.
Mais le cas pour s’en délester est tout aussi valide. Les photos ne sont pas le lien relationnel ou son souvenir. Mais garder toutes les photos peut transformer une source de sens en un fardeau. Garder toutes les photos peut créer de l’encombrement qui génère de l’anxiété, et éventuellement mener à un héritage de biens non voulus, qu’une autre personne devra gérer.
Ces deux cas de figure peuvent être vrais. C'est justement cette tension qui fait toute la différence.
La résoudre, dit-il, ne consiste pas à choisir un côté. Il s’agit de poser des questions plus précises : à quelle fréquence est-ce que je vais m’attarder à cet objet? Qu'est-ce que cela apporte réellement au souvenir que je veux garder? Ne gardez que les quelques objets qui sont importants. Jetez les copies, les variations, celles qui n’auraient aucune importance pour d’autres personnes. (Et vous inclus, si vous êtes honnête).
« Les souvenirs restent », dit-il, « même si on se débarrasse de beaucoup d’objets. »
Si vous les conservez parce que vous pensez que vos enfants les voudront un jour, posez-leur la question. La conversation pourrait être plus facile qu’anticipée, et la réponse pourrait vous surprendre.
Les mécanismes psychologiques derrière l’encombrement : le cadre de travail du Dr Aguirre
Ce dont nos cerveaux se souviennent vraiment
Le Dr Aguirre garde son plus important conseil pour la fin et il recadre toute la conversation sur ce que l’on possède et pourquoi.
Imaginez deux soupers avec invités.
Au premier, la pizza est servie sur des assiettes en papier. La conversation est chaleureuse. Vous vous sentez vraiment bien accueilli.
Au second, la table est mise avec de la porcelaine Royal Doulton et des ustensiles en or. L’hôte remarque que vous avez utilisé la mauvaise fourchette et vous le dit.
De quoi vous souvenez-vous?
Pas des assiettes. Pas des ustensiles.
« Nos cerveaux se souviennent des émotions et des expériences », explique le Dr Aguirre. « Ceux-ci sont rarement associés aux choses que l’on possède. »
C’est l’argument au cœur de tout ce que les données du Grand transfert des encombrants nous disent. Nous mesurons les objets dans nos vies : leur accumulation, leur entreposage, leur héritage, la culpabilité qu’on ressent... alors qu’en vérité, ce que l’on n’oublie pas, ce sont nos sentiments.
Foire aux questions
Comment les expériences de l’enfance affectent-elles notre façon de désencombrer notre environnement?
Selon le psychiatre de Harvard, le Dr Blaise Aguirre, conserver nos objets est souvent un comportement appris dans l’enfance, dans des contextes de pénurie. Des phrases comme « tu pourrais en avoir besoin un jour » engendrent un système de croyances chez l'adulte selon lequel laisser un espace vide semble risqué, même en période d'abondance.
Comment décider si un objet de famille vaut la peine d’être gardé?
Le Dr Aguirre suggère de séparer le souvenir de l’objet. Demandez-vous : « Cet objet crée-t-il de l’anxiété ou une véritable connexion? » Si vous ne conservez un objet que par culpabilité ou pour ne pas oublier une personne, sa valeur intrinsèque n’est pas vraiment la vôtre et elle peut être relâchée.
Pourquoi notre cerveau priorise-t-il les expériences plutôt que les objets physiques?
De façon neurologique, la mémoire humaine fonctionne de manière à conserver les émotions et les connexions sociales plutôt que les objets matériels. Comme le note le Dr Aguirre, on se souvient de comment on s’est senti lors d’une soirée, et non de la porcelaine utilisée pour servir les plats. La véritable valeur sentimentale se trouve dans le souvenir affectif du lien, et non dans l’objet physique.
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